Incoming Puppy !

Quelques billets pour présenter la cohabitation du point de vue des maîtres (ici une gâteuse maîtresse, S., et son gâteux maître, G.), du chat de la maison, A., et du nouvel arrivé : B. un chien de race Boston Terrier (de 10 semaines à l’arrivée).

11ème semaine de vie – premières semaines de cohabitation

Le point de vue de S., l’heureuse môman

Ça y est, il est là, la 8ème merveille du monde, le Boston Terrier absolu, le petit tas de poils de 2,5 kilos ! Que c’est chou, que c’est mignon, quelle joie ! Oui mais…

–          Les croquettes. B. n’aime pas ses croquettes. Pas trop. Ou alors si, un petit peu, à peine pour ne pas se laisser mourir de faim. Avec un peu de bouillon en plus, c’est moins mauvais. Avec un peu de viande rajoutée, c’est presque parfait : si seulement on pouvait enlever les croquettes …

–          Le chat. B. aime le chat, mais le chat ne l’aime pas. B. a bon goût en effet : le chat est magnifique, son poil est très doux, il émane globalement une aura de puissance maîtrisée et de grâce. Ce n’est pas une raison pour le prendre par surprise et lui lécher le nez en traître, car l’odeur de bave de chiens ça met des heures à partir pour un nez félin, et ça met le chat de mauvaise humeur pour la matinée.

–          Les sorties. Comme dans un cliché Royal Canin, je me disais : « Youhouhou, youpi, j’ai un chien, je vis dans le Sud, on va passer toute notre vie à courir dehors au soleil ! Génial !!! ». Erreur… B. n’aime pas sortir. Du tout. C’est concevable de la part d’un petit chien qui a vécu toute sa (courte) vie en appartement : le « vrai » monde, c’est la maison, la chaleur et les tapis. Ce n’est pas le « dehors » avec ses voitures, ses autres chiens et sa pluie. Rien que de voir son harnais le déprime.

Ce qui pose de nombreux problèmes logistiques :

  • On met trois heures à parcourir le chemin pour s’éloigner de la maison et 5 minutes pour s’en rapprocher. Est-ce un chien magnétique, qui reconnaît le Nord ? Ou aurait-il déjà pigé le truc, à savoir où se trouver l’entrée de la maison ?…
  • Pour faire ses besoins, c’est quand même pratique de sortir. Mais le matin, il fait froid, voire il pleut. Donc, pour le coup, c’est nul à l’aller et au retour.
  • Il se traîne comme un vieux chien portant tous les malheurs du monde sur ses frêles épaules encore cartilagineuses. Pour le cliché du chiot plein de joie de vivre et enthousiaste, vous repasserez : que ce soit avec un jouet, des récompenses, des exclamations enjouées, des câlins, rien ne l’intéresse dans la rue. Comme il s’arrête tous les mètres, nous faisons des milliards de rencontres et les traversées prennent des heures.

* Edit : convenablement motivé, par exemple par des micro-dés de jambon et de saucisse de Toulouse, B. devient raisonnablement motivé pour suivre et faire sa petite promenade du matin. L’humeur est aussi remarquablement améliorée. Pour des croquettes, il ne fera rien, mais pour un petit bout de saucisse de Toulouse… miam !

–          La glande. A l’opposé, évidemment, B. adore rester à la maison. Son activité préférée : dormir en boule au chaud, de préférence sur quelqu’un. Son support préféré sont les coussins et les lits : petits, grands, avec un humain dedans, ou même un chat : du moment que c’est moelleux, c’est sa passion. C’est bien de s’intéresser à quelque chose avec autant de sérieux à 11 semaines. C’est moins bien quand il mâchouille les couettes, les télécommandes et les humains dans le lit.

N°1 des activités canines : la sieste

–          La prison. B. va régulièrement en prison : soit dans la cuisine, qui est fermée par des barreaux, soit dans sa niche, qui peut également être fermée par une grille. S’il apprécie en temps normal aussi bien la cuisine que la niche, il trouve injuste et cruel d’y être enfermé, et parfaitement contraire à la Déclaration des Droits du Chien et du Chiot Cadum (à l’instar du bébé homonyme). Il argumente – et il y a de la vérité dans ses propos – que si avoir un chiot correspond à le parquer comme un assassin multirécidiviste, style Hannibal Lecter, hé bien c’était bien la peine. Néanmoins, dûment équipé d’un os rempli de fromage et d’un coussin moelleux, il peut conclure à l’acceptabilité de ce mode de séjour.

–          Les mathématiques. B. fait régulièrement des exercices, exercices que – compte tenu de leur haut degré de technicité – nous avons convenu d’appeler mathématiques. Pour B., cela correspond à exécuter des figures en réponse à un signal vocal ou corporel, et d’être par conséquent recompensé.

En une semaine, il a compris : son nom B., Sit (assis), With me (« nose target » sur la main), Let’s go (pour démarrer un mouvement en avant), et un peu moins bien : Come (le rappel). Ce qui n’est pas trop mal pour un tout petit chiot têtu !… Cela ne veut pas dire que s’il est distrait, il réalisera ces commandes : cela veut simplement dire que s’il est de bonne humeur et concentré, il réalisera ces commandes pratiquement à chaque fois. Reste à travailler la concentration, car pour la compréhension, c’est déjà pas mal. Le clicker nous amuse bien (une bonne action = un click = une croquette) et est intéressant pour « fixer » un instant, surtout dans l’apprentissage d’actions complexes (à décomposer en étapes, chaque étape étant « clickable »).

Ils disent sur internet qu’il faut garder les sessions d’entraînement courtes : pas plus de 5 minutes. C’est surestimer pour moi la patience d’un être humain normal, qui au bout de cinq minutes en a largement marre de faire le dompteur de lions.

* Edit : En fait, pas du tout. Si dans le salon, à l’heure du repas, B. convient aimablement d’attendre patiemment que je lui donne quelques croquettes ou friandises en s’asseyant de temps en temps vu que ça me fait plaisir, c’est autre chose que de le faire « sur commande », par exemple juste devant la porte d’entrée ou dans la cuisine. « Il y a un temps pour tout », c’est sa devise. Difficile de lui faire comprendre qu’il est un chien et que les ordres c’est pour tout le temps, pas juste quand il a envie…

–          Les baballes. Pour B., rapporter des baballes est inné. Ce qui ne veut pas dire qu’il le fait à chaque fois, mais un bon 70 % des fois, ce qui est – again – pas mal du tout. Pour l’instant il ne les mâchouille pas trop, et il ne bave pas, ce qui rend la chose agréable pour les deux parties. Une chose étonnante est que, comme un humain, B. aime la variété des jouets : il n’est jamais aussi intéressé que lorsqu’on change de jeux. Outre la tendance des chiots à déchiqueter tout ce qu’ils trouvent, cela explique le succès des marchands d’accessoires pour chiens.

* Edit : sur le bavage, tout dépend. Un quart d’heure de jeux et de mâchouillages rend les joujoux baveux, c’est un fait. Concernant la nature des jouets, à part les balles qui rebondissent et qui couinent (un must have !), un vieux t-shirt avec un nœud est le plus beau jeu du monde. Ainsi va la vie, inutile de se ruiner. Le chat avait déjà montré la voie en s’intéressant davantage aux emballages qu’aux jouets que je lui achetais conscieusement sur internet…

Le point de vue de B. le chien

Pourquoi dehors c’est nul. Dehors il fait froid et on s’ennuie et il n’y a rien et quand par hasard je trouve quelque chose d’intéressant, on me l’enlève. Dehors, c’est pour aller à des endroits nuls : chez le vétérinaire, dans le garage, ou simplement nulle part. Dehors on voit des monstres affreux : des chimères (NdE : des pigeons), des nains déformes (NdE : des enfants), des loups aux babines sanguinolentes (NdE : un pincher). Quand il pleut, c’est la misère : un instant d’inattention et tu es jusqu’au cou dans une flaque, et à la maison, rebelote ! on te lave. Vraiment dehors c’est naze. Heureusement qu’il y a la saucisse de Toulouse.

Pourquoi les mathématiques c’est sympa. Faire des mathématiques avec S. c’est assez rigolo : le bon plan pour avoir du manger. Le truc : rester collé à elle, au bout d’un moment elle n’en peut plus de ne pas pouvoir marcher sans trébucher, et elle te file une croquette pour pouvoir passer. Tu lui colles au train et zou ! une autre croquette. Bon plan. J’ai aussi un autre truc : tu t’assieds, tu la regardes, et elle te file des croquettes. Fastoche !

Pourquoi le chat est fascinant. Cette créature est capable de bondir à des hauteurs impressionnantes… J’espère que je ferai comme lui quand je serai grand ! Il peut aussi aller partout (lui !), il est très étonnant : je n’en avais jamais vu avant… Ce n’est pas un chien, ça j’en suis sûr : il a des griffes, une tête bizarre de chouette et fait des bruits qui font un peu peur. J’aimerais bien le sentir, mais il a l’air de quelqu’un qui s’entraînerait volontiers à du puppy slicing, alors j’évite. Mais quand j’arrive à le choper par surprise : slurp ! Remarque, comme il perd ses poils, c’est un peu comme d’avaler un carré de moquette… mais bon, il faut bien faire avancer la science !

Le point de vue de A. 

Ils ont ramené un truc qu’ils ont trouvé dans une poubelle, sans même consulter. Et les voilà tous fiers, à me montrer ce machin innommable, qui ne ressemble à rien et fait constamment des bruits tout droit sortis du mythe de Chtulhu. C’est désespérant. J’ai mis quatre ans de ma vie à les élever, et voilà le résultat. Ils passent des heures à lui apprendre à ne pas les mordre, ce n’est pas étonnant : ce truc est dangereux.

Heureusement ils le mettent en prison. De nuit ou de jour, l’alien est constamment sous contrôle, ou alors en prison. C’est bien dans un sens, comme ça je peux aller comme je veux dans la maison. Mais quand il est dans la cuisine, c’est chiant : je ne peux pas manger ni faire caca. Ça, c’est vraiment bête. Mais bon, il y a la douche pour ça. Et puis souvent je me mets devant lui et je le regarde… « Téléchien, de bon matin, c’est vraiment bien ! ».

Parfois il s’approche de moi… et je n’aime pas ça. Surtout quand il fait ça par surprise, et qu’il me lèche. C’est vraiment inconvenant. J’aimerais que les Grands fassent quelque chose, ça devient systématique et puis très franchement, ça pue. Un jour, je m’en irai loin, très loin, et ils me regretteront beaucoup. Pour l’instant, je la joue fine, je fais comme si tout allait bien, je dors dans le lit avec eux comme avant… mais c’est pour mieux préparer mon départ. J’ai préparé quelques croquettes, ma chaussette de valériane (qui a été toute mâchouillée par le Gremlins) et surtout le grand lit 220 par 210 : dès que j’aurai trouvé un déménageur à un prix convenable, je m’en irai. Sans regret.